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23 mai 2008

Du Web 2.0 au Crowdsourcing : définition

[Tentative de définition ]
Dans le présent billet, je tente de définir les concepts de Web 2.0 et de Crowdsourcing. Je ne fais pas ici le lien avec les marchés multifaces, mais le lecteur avisé verra se dessiner ces derniers en filigrane... Cela vient du fait que cette définition avait été réalisée en bonne partie avant de de connaitre ce concept et d'examiner la littérature traitant de la question.

Aussi, j'attends vos commentaires sur ces définitions, pour les compléter/modifier. Je m'attacherais alors à expliciter les liens entre Crowdsourcing et marché multiface.
Si vous voyez des voies intéressantes à explorer dans mon mémoire suite à la lecture de ce billet n'hésitez pas à laisser également des commentaires dans ce sens!

Guy Parmentier, Valérie Chanal, Marie Laurence Carron, Xavier Wauthy, Lecocq et bien d'autres chercheurs spécialistes de ces questions ont été invités à consulter ce Blog. Seul X. Wauthy a pour le moment poster un commentaire mais, chacun de vous est mis à contribution dans une optique de recherche ouverte et j'espère que ce blog pourra devenir un espace de partage vivant grâce à vous! N'hésitez pas à invitez d'autres chercheurs intéressés par ces questions.


Du Web 2.0 au Crowdsourcing, tentatives de définition des concepts



Le Crowdsourcing est un concept à la définition encore peu précise. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il est issu d’un phénomène plus large : le Web 2.0, dont la définition est encore débattue.
Il nous semble donc nécessaire d’expliciter clairement et simplement ce que nous entendrons comme relevant du Web 2.0 avant de pouvoir caractériser le concept de Crowdsourcing.

Le terme Web 2.0 est utilisé pour désigner une évolution, voir pour certain une révolution du Web. Le Web qualifié de Web 1.0 se caractérisait par des pages figées dont le contenu était créé par l’éditeur du site, ce contenu n’évoluant pas ou peu.
Une première évolution fut amenée par des solutions techniques (langages tels que PHP, SQL…) se basant sur un Web dynamique (parfois appelé Web 1.5), où des systèmes de gestion de contenus servaient des pages Web dynamiques, créées à la volée à partir d'une base de données en constant changement.
Néanmoins si les pages évoluaient à chaque nouvelle génération par le serveur, ces évolutions restaient contrôlées par l’éditeur du site (c’est lui qui programmait ces évolutions/personnalisations du contenu de la page à l’aide de son code source).

Le Web 2.0 propose lui de créer des pages aux contenus réellement évolutif et interactif. Ce changement s’appuie tout d’abord lui aussi sur des solutions techniques (langage XML, technologies RSS, AJAX…). En effet, ces technologies ont rendu possible la multiplication d’interconnexions entre les sites de la toile engendrant le développement de la syndication et de l’agrégation de contenu.
Afin de permettre/faciliter les échanges, un mouvement de standardisation/normalisation a vu le jour. Un style épuré a également été adopté dans un premier temps dans ce même souci d’inter connectivité.
Autre caractéristique du Web 2.0, les utilisateurs eux mêmes sont invités à créer/déposer du contenu sur la page afin de la faire évoluer (exemple wikipédia, youtube…).

La polémique autour du Web 2.0 consiste en fait à savoir si ce phénomène d’évolution du Web est plutôt technique ou social.
Pour notre part, nous rejoignons Huber Guillaud pour qui « le Web 2.0 n’est pas une révolution technique accessible aux seuls développeurs. Il repose sur des outils simples d’utilisation centrés sur l’utilisateur, l’utilisateur en réseau car cet individu n’est pas atomisé, mais bien relié aux communautés qui sont les siennes. »

Plus qu’une évolution du Web, nous pensons que le Web 2.0 se caractérise comme une :

"évolution du rôle des créateurs (professionnels) de sites Web : le créateur de site Web n’est plus un créateur de contenu mais un créateur de plateforme permettant de collecter puis de diffuser le contenu d’utilisateurs. Il s’appuie pour cela sur des solutions techniques plus standardisées permettant l’interconnexion des contenus et des utilisateurs ainsi qu’une plus grande facilité d’utilisation."

Ainsi, de nombreux créateurs de sites ont pu faire fortune en attirant des visiteurs grâce au contenu déposé gratuitement par des utilisateurs. C’est le cas de Youtube pour les vidéos, de Flicker pour les photos… Ce genre de site permet à leurs utilisateurs de mettre en ligne du contenu qui revêt un intérêt pour d’autres utilisateurs et ainsi, à créer un trafic important sur le site. Ce trafic est ensuite valorisé, généralement au moyen de publicité.

Ici le contenu généré par les utilisateurs n’est pas directement une source de revenu pour le créateur du site web. C’est l’agrégation de ce contenu qui présente un intérêt, et chaque contribution individuelle ne serait pas valorisable. C’est pourquoi les utilisateurs acceptent de le déposer sans contrepartie.

Désormais, certains sites vont plus loin et commencent à valoriser directement le contenu/ ou le travail des utilisateurs lui-même. C’est cela qui pour nous relève du Crowdsourcing.

Deux alternatives « extrêmes » sont alors possibles : soit on recherche la compétence, soit on recherche la disponibilité des utilisateurs.
  • Dans le premier cas on simplifie le travail habituellement réalisé par un agent spécialisé en tâches élémentaires qui pourront être accomplies par des utilisateurs lambda (ce qui au passage caractérise une extension du taylorisme, rendu possible par la présence d’Internet). (Un exemple caractéristique de cette pratique est celui de reCAPCHA.net ou http://www.mturk.com/mturk/welcome.) Cette pratique particulièrement efficace pour les tâches à faible valeur ajoutée et répétitives semblent également très prometteuse dans le cadre de projets plus complexes.

  • Dans ce second, on fait l’hypothèse que parmi un grand nombre d’utilisateurs on trouvera les compétences pour mener à bien des projets en leur ensemble mieux qu’une entreprise limitée aurait pu le faire. (Les sites cambrianhouse.com et crowdspirit.com qui illustrent bien nos propos )

Le type de rémunération est le niveau d’implication de l’utilisateur recherché seront eux aussi différents.

  • Dans le premier cas il s’agit d’une simple externalisation, à la nuance près qu’au lieu de s’adresser à un fournisseur déterminé, on réalisera « un appel d’offre public » à tout internaute souhaitant participer en l’échange d’une rémunération à la tâche. Cette rémunération pourra être pécuniaire ou non (ce peut être en l’échange d’un bénéfice informationnel, ludique…). L’implication recherchée sera minime.

  • Dans le second, on organisera une communauté où au contraire on cherchera à impliquer au maximum les utilisateurs. Cette communauté sera alors elle même à l’origine des projets sur lesquelles elle sera sollicitée. En effet, tous pourront suggérer des idées puis la communauté se chargera de les évaluer afin de retenir les plus pertinentes. On demandera ensuite aux utilisateurs de réaliser des contributions plus complexes relevant de leur compétence spécifique. En réalité, la communauté sera découpée en équipe projet évoluant au cours de l’avancé de chaque projet.

Selon que l’on fasse le pari de l’une ou de l’autre de ce ces hypothèses, cela influera l’organisation de l’entreprise ainsi que son modèle de revenu.
En effet, dans le premier cas l’entreprise gardera une organisation relativement classique si ce n’est qu’elle utilisera une main d’œuvre dispersée, qu’elle pourra rémunérer faiblement et à la tâche. Elle tirera alors tout ou part, de ses revenus en valorisant le travail de cette main d’œuvre bon marché (par la vente de services généralement). Ici, ce sera l’entreprise qui décidera comment créer de la richesse et qui rétribuera pécuniairement ou non les participants.
Dans le second cas, l’entreprise a pour rôle d’animer la communauté, de veiller à son bon fonctionnement et à sa notoriété et de créer des « outils de travail collaboratifs » performants. Elle devra également assurer la protection du travail de la communauté et faciliter l’enchaînement des tâches du processus. Dans cette hypothèse c’est la communauté qui créera de la richesse et rémunérera l’entreprise au pourcentage. La communauté fonctionne alors comme ce que nous appellerons une « entreprise ouverte » où chaque internaute ayant une compétence pourra jouer son rôle sur tel ou tel projet.

Entre ces deux groupes « extrêmes », des entreprises ont bien senti le pouvoir des communautés virtuelles et l’émergence d’un savoir faire semi professionnel (toujours plus qualifié) parmi les internautes mais, elles ne sont pas prêtes à abandonner le système classique consistant à réaliser un projet pour un donneur d’ordre (externe à la communauté). Leur modèle économique est fortement influencé par le Business Model dit de «courtier » consistant à « rapprocher une demande et une offre, à faciliter la transaction, et à se faire payer pour cette prestation ». La particularité de leur proposition de valeur consiste alors à favoriser le donneur d’ordre en faisant travailler un grand nombre de contributeurs (issu de la communauté) sur son cahier des charges et à ne récompenser que les contributions qu’il retiendra. Cela se concrétise sous forme de concours proposés aux membres de la communauté où à une partie d’entre eux triés sur le volet. Autre intérêt de cette proposition de valeur, les membres de la communautés voir l’ensemble des internautes, peuvent évaluer les contributions ce qui facilite le travail de sélection du donneur d’ordre. (Le site Wilogo.com semble bien illustrer nos propos).
Bien entendu, ces 3 catégories ne sont pas figées et de nombreux sites mixent déjà ces approches.

En retenant cette définition élargie du crowdsourcing, vous semblent-il pertinent de mettre ce concept en perspective avec les travaux sur les marchés multifaces? Voyez vous déjà quelques voies pour le faire?




2 commentaires:

Sylvie Krstulovic a dit…

on organise un débat à La Cantine le 1er Octobre pour parler du CrowdSourcing... tu viens?

http://www.new.facebook.com/event.php?eid=79019860526

rom1 a dit…

Merci pour l'invit mais je suis très occupé avec le lancement de sportganizer.com ...
Difficile d'organiser un déplacement à Paris d'ici le 1e Octobre...
Et oui, les joies de la Province ^^

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